Heuristique & Ecriture : Bereshit #1

JE ME SOUVIENS D’UN JOUR SANS SOLEIL. Le ciel était bas et lourd. Le brouillard mélangé à la fumée tenace et épaisse qui émanait des ruines fumantes ne se dissipait pas, malgré le vent, malgré la pluie, malgré les prières.

L’équipe du capitaine Lemaître, la première qui fut chargée d’intervenir sur les lieux de la catastrophe, venait d’être relevée. Les gars étaient épuisés, à bout de force. Leurs mines étaient sombres. L’humeur au delà du drame était sinistre. Insupportable sentiment d’inutilité, de n’être là que pour constater, sans aucune possibilité d’obtenir la maigre récompense des immenses efforts déployés. Toutes ces heures passées sous la pluie à chercher dans les décombres, des traces, des survivants, des corps. Pour rien. Toutes ces existences réduites en fumée, annihilées de la surface de la terre. La chapelle ardente, dressée à la hâte s’étendait désormais sur une surface effrayante, apocalyptique. L’indispensable périmètre de sécurité avait rapidement été établi afin de filtrer le plus sévèrement possible les allées et venues. La meute des gratte-papiers confinée à quelques mètres de l’épicentre commençait à piaffer d’impatience. L’odeur du sang et de la chair calcinée l’excitait au plus haut point.

Pour ma part, je n’étais même pas encore au courant du drame. Je dormais profondément, rêvant d’une grande histoire qui serait mon sésame pour la postérité… J’avais lu avec délectation la plupart des attentats littéraires des X-Men (Hommes de la génération X) Bret Easton Ellis, Douglas Coupland, et leurs avatars français : Beigbeder, Liberati, Dantec, Houellebecq… Dignes représentants d’un style d’écriture efficace, name droppée et qui me fascinait totalement.  Ma solution pour sortir de l’anonymat ? Une œuvre hallucinatoire et post-genre composée de bribes de rêves et de notices de produits chimiques. Une sorte de Twin Peaks revisité par Procter et Gamble et William Burroughs. Évidemment, tout cela n’avait aucun sens.

La sonnerie old school et stridente de mon téléphone brisa le silence de la nuit et mon embryon de réflexion disparu en fumée. Je regardais incrédule et comateux l’horloge digitale LCD retro éclairée de chez Urban Outfitters : 04:36. Qui était assez fou pour m’appeler à une heure pareille ? Inquiet, curieux, groggy, je finis tout de même par décrocher.

— Allo ?
— Hummm ?
— Kadmon ? Enfin ! J’ai commencé à flipper… Écoute moi bien: Je t’offre une chance inouïe de refaire surface. J’ai un très gros sujet, un truc vraiment énorme et je t’ai choisi pour le couvrir !
— Hein ? … Vous vous foutez de ma gueule ?
— Kadmon ! Christophe Tomassin à l’appareil. « Nouvelles du monde ».
— Tomassin ?
— Le château Bereshit est en flammes. Des morts. Je n’en sais pas plus pour l’instant. J’ai déjà une équipe sur place, mais je veux que tu ailles là bas. Tu connais le contexte mieux que personne. Rassure-moi, tu n’as pas eu d’autres propositions ?
J’émis un bâillement et me frottais les tempes de ma main libre :  « Oui, non… en flammes, le château Bereshit ? »
— Je veux un papier avant midi au plus tard, on boucle à 14h00.
— Pour les frais ?
— T’occupes pas de ça. Le journal prend tout à sa charge.

Le rédacteur en chef raccrocha. Je restai complètement interdit. Putain, c’était quoi ce délire ?

J’allumais mécaniquement la télévision sur une chaine d’informations en continu. A l’écran, une rediffusion d’un débat stérile entre deux éditorialistes trop appliqués pour être honnêtes. En bas, le traditionnel bandeau des horreurs défilait. En caractères blancs sur fond rouge : Drame en Gironde, la communauté Bereshit durement touchée. Plusieurs centaines de morts après l’explosion du château de Lott.

Tomassin ne m’avait pas tiré du lit pour rien. Un mélange contradictoire d’émotions me submergeaient. Compassion pour les victimes. Haine féroce à l’égard de leur maitre à penser. Un gourou de la pire espèce. Une ordure manipulatrice et vicieuse. J’avais failli le coincer. Je m’étais retrouvé sur la touche. Il n’avait pas apprécié mon enquête sur son business aussi opaque qu’une nuit sans lune en pleine campagne.

La présentatrice de l’édition spéciale fit son apparition, entourée d’une flopée de spécialistes de l’enfumage. Personne pour s’interroger sur la véritable nature du drame. Mes réflexes paranoïaques reprenaient vite le dessus. Si Eloïm n’était pas mort avec ses fidèles, alors il y était forcément pour quelque chose…  J’en avais la certitude. En l’espace d’un instant mes munitions étaient prêtes : Valise remplie à la hâte. Carte de presse. 4 canettes de Red Bull. 2 paquets de cigarettes (pour la route). Clés de la voiture. Le domaine de Lott était à quatre bonnes heures. J’avais le temps de réfléchir. Une vision fugace me ralentit un instant, mon reflet dans le miroir. Un loup émacié, yeux rouges et babines retroussées. Je compris alors qu’il n’y aurait pas d’échappatoire. Lui ou moi. Mort ou vif. Je n’avais plus rien à perdre. J’avais déjà tout perdu.

Sur la route, j’écoutai la radio qui s’embrasait, littéralement. Toutes les stations d’informations s’étaient évidemment focalisées sur le sujet. Elles enchainaient avec une maestria robotisée les interviews sans valeur ajoutée : « Madame X vous habitez à 500 km du lieu de l’accident, avez-vous entendu la déflagration ? » « Pas moi, mais mon chat Bibendum était excité comme une puce, alors que ce n’est pas son habitude, ça montre qu’il à l’ouïe fine ! hein mon pépère. C’est horrible cette catastrophe quand même… ». Les clichés surannés sur les victimes. Les interventions sans âme des professionnels du macabre. Les bilans actualisés toutes les 50 secondes… Enfin le climax arrivait avec le pseudo rappel des circonstances de l’accident : « Léo Admonakis dit DJ Hod, (1.5 milliard de vues sur YouTube) se trouvait aux manettes d’une soirée caritative qui se déroulait au château. 1000 à 1300 « fidèles », étaient rassemblés sur les lieux au moment de l’explosion. À cinq heures et demi du matin, un premier bilan provisoire faisait état de quatre cent trente trois morts et des centaines de blessés graves… » et la rumeur qui enflait, Elohim, le gourou était sorti des décombres, tout de blanc vécu, immaculé et bien vivant. Accident ou attentat ? Personne n’avait encore émis de revendication. Pendant les cinq prochains jours, sauf en cas de guerre nucléaire, on ne parlerait que de ça. Pour moi cela ne faisait aucun doute, le seul commanditaire s’appelait Elohim. Je devais le prouver. Ce ne serait pas une mince affaire.

La petite route sinueuse qui menait au domaine était plus bondée qu’une rame de métro à heure de pointe. Camions de pompiers. Police. Cars régies. Badauds. Curieux. Voisins. Tous essayaient de voir quelque chose. Ils se régalaient du ballet incessant des hélicoptères qui manoeuvraient autour de l’épicentre. Je fis une savante marche arrière et décidai d’abandonner mon véhicule dans un champs transformé en parking de fortune. Marcher me permettrait de réfléchir, j’étais convaincu que mon raisonnement était le bon, mais la grande émotion populaire générée par ce drame risquait de figer une version totalement fausse des faits qui ne serait jamais remise en question. Je serai traité de complotiste, d’aigri, de revanchard, le monde s’acharnerait sur moi, dans l’éventualité où on me laisserai produire mes conclusions, ce qui n’était absolument pas certain.

Je tendis ma carte de presse à un premier barrage, composé de policiers et de membres du service d’ordre de la communauté. Un grand baraqué, chauve comme un bonze, tatoué sur la main du logo – symbole de la secte, s’en empara vivement. Il fit une moue de surprise en scrutant mon identité. Les fidèles me détestaient, à juste titre d’ailleurs. En d’autres circonstances et surtout sans la présence des flics, j’aurai sans doute subi une correction, mais ce n’était ni possible, ni dans son intérêt. Il me rendit la carte, opina à contre coeur du chef pour signifier que c’était bon et . Il osa tout de même m’apostropher avec une parole de la bible :  » Un juste qui se laisse ébranler devant le méchant est comme une source aux eaux troubles ou une fontaine polluée. ». Je lui souris tout en lui adressant un discret doigt d’honneur.

A peine quelques mètres me séparaient encore du domaine. Plus j’avançais, plus je me sentais oppressé, je m’efforçais de respirer le moins possible, l’odeur de la mort emplissait mes narines et cela me révulsait. Enfin, l’immense portail se dressa devant moi. Il était comme dans mes brumeux souvenirs, encadré par deux colonnes de pierre surmontées de herses. A moitié ouvert, abandonné, je trouvais cela presque obscène. Je n’aimais pas ce sentiment, violer cette espace auquel je n’appartenais pas. Comme un impression de franchir la porte de l’enfer de Dante. Un point de non retour.

La propriété, en temps normal, était totalement close, bien protégée, hermétique, à l’abri des regards indiscrets et du « vrai » monde. La pluie redoubla d’intensité. A ce propos, un fidèle de la secte dirait dans la presse : « le grand tout » nous a témoigné son infinie tristesse par ses larmes …. J’ y voyais surtout la preuve de son fanatisme absurde.

Archétype du journaliste moderne et high-tech, j’utilisais l’application Notes de l’Iphone pour consigner les éléments observés: A droite du portail, une guérite. Fermée. Stores baissés. Un chenil. Vide. Une grande fontaine ornée de sculptures romaines ou grecques, rien à foutre, jamais trop apprécié ces trucs crypto gays. Un jardin anglais. Un practice de golf. Des bâtiments, modernes, lumineux, à droite à gauche. Des maisonnettes comme des chalets au loin. Je n’apercevais pas encore le château, mais avec un casino et une boite de nuit cet endroit n’aurait rien eu à envier à un palace 5 étoiles.

Eloïm était un génie. « Secte, quelle secte ? » Regardez mes installations: Un havre de paix pour nantis sur-stressés qui ont juste besoin de repos et de spiritualité.». Salaud ! Nous verrons bien à qui le crime profite. Combien de défuntes victimes auront versé jusqu’à leur dernier sou et sang pour Bereshit ?

Lors de mes précédentes investigations j’avais découvert et partiellement révélé une partie des procédés mafieux et illégaux qui avaient permis à « l’association » de prospérer en toute impunité. Le magazine coupable de la parution s’en était tiré avec 5000 euros d’amende et moi je m’étais fait viré de la publication. Je ruminais ce vieux contentieux tête baissée. Soudain, face à moi, un véritable champs de ruine. Le spectacle qui s’offrait à mes yeux hagards était absolument effroyable. Sans expérience des catastrophes, je devais humblement reconnaître mon manque de préparation psychologique. Pourtant le site était presque clean, hormis les gigantesques et funestes décombres. Les blessés et les morts évacués au long de la nuit et du petit jour, il ne restait que des pierres ensanglantées, témoins impassibles du drame. Seuls les médias enfin lâchés et leur encadrement policier arpentaient sans relâche les lieux, à la recherche d’indices ou d’images sensationnelles à partager. Malgré tout, le silence prévalait et les quelques voix qu’on entendait se faisaient murmures.

Comme foudroyé par le syndrome de la page blanche, il me semblait impossible d’écrire quelque chose de potable et je débutais laborieusement mon article ainsi: « Le château de Lott, fleuron du XVIIIème siècle et propriété de la secte (à effacer), du mouvement (c’est nul mais à défaut d’autre chose) «Bereshit: Au commencement» s’est mystérieusement volatilisé (putain soit factuel) »… Impossible de faire mieux. Cela faisait des mois que je ne rédigeais que des billets de blogs sportifs, le plus souvent à l’arrache. Sans sommeil et épuisé par le trajet, je me retrouvais en plein milieu d’une réplique miniature et française du World Trade Center, de surcroit liée à la secte à l’origine de ma déchéance… Je remis tristement le portable dans la poche avant droite de mon pantalon. Trempé et usé. Tout allait se terminer maintenant. Incapable d’aller plus loin. Incapable de changer. Incapable de saisir ma chance. Incapable de ressentir autre chose que de la haine et du désarroi. Tout ici respirait normalement le luxe, l’opulence, l’endoctrinement des nantis. Pas la chair humaine grillée. Énième cigarette. Concentration. Inhalation de la fumée proscrite. Le portable vibrait. Probablement un hurlement textoïque du redac’chef…

Je scrutais le smartphone jusqu’à l’icône sms. Il s’agissait d’un message laconique et sibyllin: « Bientôt… ». L’adrénaline me monta aussi rapidement qu’un shot de Tequila au crâne. Quel crédit donner à ce message ? Qui en était l’auteur ? Pas de nom, pas de numéro de téléphone… Tout cela devenait de plus en plus étrange et je ressentais une pointe de peur mélangée à l’excitation. Après des années de placard, il se passait enfin quelque chose de fort dans mon existence. L’affaire Bereshit me redonnait le souffle de vie perdue.

Lucas Bonvallet se figea devant moi.

— Louis Kadmon ? Qu’est-ce que tu fais là ? Mais j’y pense, dit-il l’air faussement inquiet, t’as pas un reportage à préparer sur Tourcoing – Bayonne en Volley-Ball junior ? Une sonorité grasse sortit de sa bouche épaisse.
— Lucas, toujours aussi… jovial et épanoui ! Je me doutais en venant ici que j’allais recroiser de vieilles connaissances, mais commencer par toi ça me touche beaucoup. Une petite voix mesquine dans ma tête chantonnait l’inverse: « Putain, faut quand même une sacré dose de maz’ra pour se retrouver nez à nez avec l’empereur des connards. Reste calme, ce n’est pas la peine de se braquer. Autant en apprendre le plus possible, surtout d’un moulin à paroles comme Bonvallet. En tout cas l’air du coin lui donne bonne mine… on dirait un pochard de bistrot. Et son costume élimé et sa bedaine. Triste de vieillir comme ça.

Lucas, pour sa part, se délectait de la situation. Torturer Kadmon était un véritable plaisir. Dans leurs jeunes années à l’école de journalisme, il l’avait pourtant jalousé. Plus brillant, plus efficace, plus beau, mais Louis avait sabordé sa carrière en s’acharnant sur une estimable institution. Une folie pure ; que pouvait-on reprocher à Eloïm et à ses fidèles ? Les attaques de Kadmon n’étaient ni fondées ni tangibles. D’ailleurs le drame du château n’était sans doute que la conséquence d’un regrettable et tragique concours de circonstances. Le monde entier était ému par cet effroyable accident. La tendance était à la sensiblerie. Son article irait d’ailleurs dans cette direction. Il allait faire chialer dans les chaumières. Grâce à son brillant papier, Eloïm le remarquerait enfin et lui proposerait sans doute de rejoindre les hautes instances de la communauté…

Lucas continuait son petit manège pour faire sortir Kadmon de ses gonds. Bonvallet bien que chef de rubrique d’un quotidien régional, n’était en réalité qu’un pauvre mec adipeux au visage rongé par l’alcool. Sans scrupules. Un rat qui avait écrasé, profité des pigistes et stagiaires passés par son service pour gravir les échelons. Mais le fait était assez rare pour être souligné, il était là en personne et n’avait pas comme à son habitude délégué un de ses sbires… Les rapaces se délectaient toujours de l’odeur du sang.

A suivre…

Heuristique & Ecriture : SNOMED #1

LES GRANDES TOURS DU QUARTIER D’AFFAIRES ENCADRAIENT LE RECTANGLE VERT. Un oasis au milieu de l’asphalte dans cette belle banlieue de Paris.

L’air était sec en cette matinée de dimanche. Les conditions étaient bonnes pour un match de foot. Jérôme Lejeune piqua un sprint. Sa gueule de gendre idéal au premier plan. Le corps en mouvement. Son crâne commençait à se dégarnir et ses cheveux clairsemés voletaient à mesure que sa course s’intensifiait. Il était doté d’une bonne technique et ne perdait pas facilement le ballon. Ses coéquipiers l’appréciaient même si ce n’était pas le garçon le plus fun du monde. La quarantaine pas bedonnante, pharmacien, père de deux enfants. Il avait laissé ses lunettes dans les vestiaires par coquetterie et par soucis d’économies. Il n’avait pas envie de les abimer, elles étaient presque neuves. Des Dior.

Sous ses airs affables, Lejeune débordait de confiance et d’égo. Il filait droit vers le but. A la suite d’un petit exploit et d’un corner mal négocié par les adversaires du jour, il avait réussi à s’échapper balle au pied, enfin prêt à vivre son instant de gloire. Jerôme n’était pas de nature imaginative, mais le petit stade sans prétention qui accueillait en semaine les scolaires se transformait peu à peu dans son esprit en un Parc des Princes bouillonnant, des grands soirs. Il faisait corps avec son maillot floqué Neymar, acheté le jour de la sortie. Deux heures de queue, comme pour le dernier Iphone, bien rangé dans la poche avant de son sac de sport Prada. Lejeune aimait se faire plaisir et afficher sa réussite. Il se rapprochait de la terre promise, le sourire en coin. Le score était de un partout. Le suspens était à son comble. On entrait dans le dernier quart d’heure de la partie. Il allait marquer et devenir l’homme du match. On viendrait à la pharmacie pour le complimenter et l’écouter raconter cet exploit. Il espérait secrètement que Francesca, sa préparatrice d’une vingtaine d’années, qu’il trouvait super sexy, serait impressionnée… Pour l’heure, il fallait garder la tête froide encore quelques petites secondes. Rester focalisé sur ses deux prochains gestes : allumer le gardien et exécuter sa fameuse célébration, maintes fois répétée devant le miroir de la chambre, au grand désespoir de sa femme, qui au fond s’en foutait mais ne voulait pas que ça se voit et lui donnait du « c’est super chéri » comme parfois lors de leurs moments intimes. A peine 15 mètres à parcourir. Il avait juste oublié un petit détail, une bagatelle, une vétille..

Raphaël Demaistre était surnommé « l’intello », parce qu’il avait une librairie. On le surnommait « le gros » aussi pour une raison plus évidente. Il cumulait les sobriquets depuis l’enfance. Sans méchanceté d’après ceux qui l’en affublaient. Juste une habitude. De même qu’il payait toujours la première tournée après le match. Personne de l’équipe ne s’intéressait vraiment à lui, mais tout le monde le trouvait sympa et surtout, il n’y avait pas de manière à faire avec lui. Il n’y avait pas d’enjeu. On pouvait se laisser aller. Demaistre venait le dimanche matin et jouait en défense parce qu’il n’avait pas de prédispositions particulières pour d’autres postes et parce qu’il fallait bien onze joueurs sur le terrain. Raphaël payait sa cotisation au club. Il était réglo. En off, les cadres de l’équipe, pestaient un peu parce qu’ils trouvaient que c’était un boulet. Les anciens le connaissaient depuis le lycée et s’en accommodaient. Il était gentil, serviable et uniformément de bonne humeur. D’apparence, il ne faisait pas vraiment ses quarante ans. Raphaël semblait pris dans une boucle temporelle. Habillé comme un jeune, toujours à l’affut de la dernière geekerie. Le libraire était incollable sur les sitcoms, les comics, la science fiction, les jeux vidéos, la culture underground en particulier US. Son « sanctuaire » ressemblait à s’y méprendre au Comic Book Store de la série Big Bang Theory.

Il collait parfaitement à l’étiquette. Raphaël avait tout de même réussi à se marier avec une femme à l’accent slave, rencontrée grâce à une application, mais elle s’accommodait mal des fluctuations financières de son mari, qui avait récemment investi une grande partie de ses ressources dans les oeuvres torturées d’un artiste inconnu et qui semblait destiné à le rester éternellement.

Irina trouvait parfois le réconfort nécessaire à sa survie auprès de clients aimables dans l’arrière boutique, lorsque Raphaël se rendait aux nombreuses conventions consacrées aux comics, mangas et autres sujets dont il était friand.

Les Demaistre avaient un chien prénommé Spock. Un petit bâtard abandonné. Mélange de Yorkshire et de fox terrier, qui attirait les regards réprobateurs des propriétaires de chiens de race, lorsqu’il le promenait dans les rues bourgeoises de Neuilly.

— Dehors !

L’arbitre n’avait pas hésité une seconde avant de sortir le carton rouge.

— Comment ça dehors ?

— Dehors !

L’homme en noir, affublé aujourd’hui d’un vieux polo quechua et d’un bas de jogging informe, flic de surcroit dans le civil, se trouvait à la limite de l’apoplexie.

— J’ai joué le ballon ! Raphaël mimait avec ses mains la forme sphérique, comme il l’avait vu faire à la télé, pour essayer d’atténuer la sanction. Il essayait maladroitement de se justifier, mais le juge demeurait inflexible. Au delà de la contrition, la sensation qu’il ressentait, était étrange, comme si des années de haine, de frustration, de compromis avaient pris le contrôle de sa jambe et s’étaient encastrés dans le tibia de ce pauvre Lejeune. Comme si cet acte brutal brisait la spirale infernale qu’était sa vie. A mesure que la souffrance du pharmacien augmentait, celle de Raphaël diminuait.

Une partie des joueurs adverses se pressèrent au chevet du blessé. Fabien Azoulay, le médecin qui jouait milieu dans l’équipe de Raphaël, essayait tant bien que mal de prodiguer à la victime les premiers secours, tandis que les autres fonçaient le poing serré sur Demaistre. Pris de vertiges et le coeur battant la chamade, le geek, d’ordinaire si placide, saisissait à la cantonade les mots qu’on lui adressait : attentat, malade, gros porc, enculé, baleine… Ses coéquipiers tentaient de le protéger par solidarité sportive, mais il n’était pas à la fête. Matthieu Valois, le charismatique marchand de biens, vint à sa rescousse et calmait les plus virulents prêts à l’exécuter sans autre forme de procès.

Raphael, la voix pleine de trémolos plaidait l’accident, le tacle mal maitrisé. Tous restaient sourds à ses explications. La haine brillait dans leurs yeux. Il réalisait qu’aucun autre de ses coéquipiers n’aurait eu à subir le même châtiment dans les mêmes circonstances. Le gros avait commis le crime ultime. Il était sorti de son rang, de sa caste. Raphael, chantre de la sociabilité et de l’acceptation, d’ordinaire résigné et contrit, se découvrait une nouvelle force. La rage l’emplissait, le nourrissait. L’injustice ne l’accablait plus. Il brisait ses chaines…

Pendant ce temps, Lejeune toujours au sol, se tordait de douleur et hurlait comme un damné. Le pharmacien ne jouait pas la comédie. « Je sais qu’il ne fait pas semblant, j’ai senti l’os craquer sous mon crampon » se disait intérieurement Demaistre. « Je n’avais encore jamais vu de fracture ouverte, en fait c’est fascinant ».  Sans un mot à sa victime, qui finalement s’avérait bien être l’homme du match, mais pour une autre raison, Raphaël pris la direction des vestiaires, dans un cortège d’insultes et de mépris.

Sous la douche, il se sentait toujours partagé entre colère et euphorie. A aucun moment Lejeune ne l’avait envisagé comme un obstacle. Tellement sûr de lui, persuadé que Raphael allait s’écarter, lui laissant le chemin libre et avec le sourire en prime s’il vous plait.

Il se rejouait encore et encore la scène dans sa tête : le corner à l’opposé, toute l’équipe était montée sauf Nico dans les buts et lui. Le ballon arrive dans les pieds du pharmacien, il dribble sans problème Zerbib et Azoulay et le voilà qui s’offre une voie royale vers le but, sauf que, pris d’une inspiration inédite, son corps s’était soulevé, comme en apesanteur, sa jambe droite dressée dans l’élan et elle avait fini par s’écraser dans le tibia de Lejeune. Le poids, la vitesse, l’angle de la jambe, toutes les conditions étaient réunies pour un coup critique. La seule différence par rapport à ses jeux vidéos qu’il appréciait tant, c’est qu’au lieu de finir en acclamations et respect, ils avaient tous voulu sa peau, sa peau de gros. La porte du vestiaire claqua, les autres rentraient, il n’était pas d’humeur pour une nouvelle salve de critiques…

Tout d’abord le silence, et puis la voix acide de Jeremy Azoulay qui provenait de la cabine à sa droite :

— Dis, donc Raphaël, tu l’as pas manqué Lejeune !
— Qui ça ?
— Le pharmacien du Boulevard Lanes
— Il est jamais venu à la librairie
— C’était pas une raison pour lui péter le tibia
— Y a pas de raison ! J’ai mal maitrisé mon tacle. Je lui enverrai des macarons de Ladurée pour m’excuser
— Tu crois qu’il en a quelques choses à foutre de tes macarons, y a que toi qui pense à bouffer après un truc pareil… putain mais tu sais quoi tu me dégoutes, avec toute ta graisse, ta connerie, ta vie de merde. A cause de toi on passe pour des cons, je sais pas ce qui me retient de…

Raphaël frappa un grand coup dans la cloison qui séparait les douches et sorti en trombe. La serviette autour de ses larges hanches.

— C’est quoi le problème ? J’ai mal maitrisé mon tacle. Il fallait le laisser marquer, c’est ça ? Y en a d’autres qu’on des conneries à raconter ? De toute façon, c’est le moment de prendre ma retraite. J’en ai marre. On se connait depuis combien ? Quinze ans, vingt ans ? mais le seul truc qui vous intéresse, c’est de venir me faire chier ? Vous savez quoi ? J’en ai ma claque. De toute façon la cotisation je pourrais plus la payer et les tournées non plus. Ben ouais, sur ce point là aussi les mecs on joue pas dans la même équipe…

Le malaise s’installait, rompant le silence Matthieu Valois esquissa un sourire et asséna un fatal :

— Moi aussi j’arrête !

Raphaël lui jeta un regard noir : « de ça aussi vous allez me rendre responsable ? » il n’avait jamais ressenti une telle rage…

A suivre

Carnet de nostalgie 1976 -201x (Post Evolutif)

D’année en année mais sans chronologie figée, remontons le fil « culturellement fondateur » du temps, à l’instar de ces émissions qui surfent sur la pseudo nostalgie, et qui sait, au gré d’extraits de films, de vidéos musicales de résumés de livres etc. Nous aurons peut-être la chance de nous remémorer une émotion, de ressentir quelque chose de différent, d’original, ou d’émouvant, d’inspirant…

Et pour commencer : The Monster Squad, un film américain réalisé par Fred Dekker sur un scénario de Shane Black et Fred Dekker. Avec : Andre Gower, Robby Kiger, Brent Chalem, Robby Kiger, Ryan Lambert. Sorti en 1987. Échouant dans sa tentative de supprimer les forces du mal, Van Helsing perd son combat contre le diabolique Dracula. Une centaine d’années plus tard, Dracula se réveille à nouveau et s’entoure d’une poignée de monstres pour lui prêter main-forte, bien décidé à déchaîner le mal sur Terre. Tout pourrait être au plus mal si une bande de gamins espiègles, ne tentait pas de stopper les agissements des horribles créatures. La chasse aux monstres est ouverte…

The Monster Squad Trailer

Le Ciel peut attendre de Warren Beatty (1978 ), Buck Henry, avec Warren Beatty, Julie Christie, James Mason…

Joe Pendleton est un joueur de football américain, très doué dans sa discipline, au sommet de sa gloire. Hélàs, il décède dans un accident de la route. Au moment d’entrer au Paradis, Saint-Pierre remarque que son arrivée aux cieux n’est pas prévue avant plusieurs années ! Il faut donc le renvoyer sur Terre mais il y a un problème : son corps a été incinéré…

Heaven Can Wait (1978) Trailer

Guns N’ Roses – Live in Paris (1992)

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Metallica – Enter Sandman [The Freddie Mercury Tribute Concert Wembley 1992]

Metallica – Live at The Freddie Mercury Tribute Concert (1992) [MTV Broadcast]

Best of sega master system

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Top 100 SNES Games

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SimCity – PC (1989)

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Loom gameplay (PC Game, 1990)

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